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Nos récits de Voyage

Pendant ou au retour d’un périple, nous sommes si enthousiastes que nous « submergeons » notre entourage de nos impressions, nos souvenirs, nos aventures éprouvantes ou cocasses… Pour partager avec vous ces coups de cœur, nous dédions cette page aux récits de nos voyages.

 
 
 

Goa : coup de cœur de Françoise

L'èRe du Voyage - Inde-du-sud Goa

Inde-du-sud - Goa

Avec bonheur, je me retrouve en Inde, mais cette fois ce n’est pas l’Inde des plaines du Nord, l’Inde langoureuse des palais moghols, celle des grands déserts asiatiques, des mosquées nues et chaudes sous le soleil de plomb, mais l’Inde du Sud, dans le monde luxuriant de l’Inde tropicale des rizières et des vergers, des forêts de cocotiers qui frangent le rivage. Je me suis laissée envoûter par une cure ayurvédique sur l’île de Divar, au bord de la rivière Mandovi.
Dans un écrin de verdure, sous les mains expertes de masseuses, je rêve à la quiétude de la leçon de yoga face au soleil levant, aux délices de la féérie des plats végétariens relevés d’épices si déroutantes …sans oublier l’excursion à Velha Goa, première capitale de la colonie portugaise, qui me permit de voir la célébration d’un mariage chrétien dans une de ses belles églises blanches baroques.
L'èRe du Voyage - Inde du Sud Goa Devaaya Cure Center

Inde du Sud - Goa Devaaya Cure Center

Bienvenue au paradis…

 

Mumbo Island : coup de cœur de Geneviève

L'èRe du Voyage - Malawi Mumbo

Malawi - Mumbo

Nous l’avons trouvée au détour d’un voyage dans l’Est africain, l’île de Robinson Crusoé, telle qu’enfant nous en rêvions! Tous les délices d’une «Robinsonade» sont réunis à Mumbo Island : île tropicale déserte, émergée dans les eaux claires du Lac Malawi, à 45 minutes en bateau de Cape Mac Clear. C’est un retour momentané dans l’enfance, un instant volé au monde moderne, un lieu à la fois insolite et enchanteur ! Avec une simplicité totale et en même temps une sophistication extrême (vu le lieu), nous étions logés dans des tentes très confortables, dominant les eaux bleues du lac. Notre premier ravissement était de voir le jour se lever depuis notre lit douillet, tout auvent ouvert ! Passer les nuits au son du clapotis du lac, des vocalises des oiseaux, et voir le jour qui pointe ! Très tôt le matin, et chaque matin, un bon café nous est apporté au pied du lit pour pouvoir profiter du spectacle. Quel délice ! Ici, les journées s’écoulent au rythme lent du temps qui passe.
Nous avons fait de la baignade et de la contemplation nos activités principales! Mais quel plaisir aussi de se balader à pied, de naviguer en kayak autour de l’île, de faire du snorkling. Un vrai dépaysement dans un cadre unique: beaux lézards colorés, serpents inoffensifs & bigarrés, petits oiseaux bariolés, beaux volatiles imposants, le vert ou le bleu du lac, la végétation imposante et tourmentée des arbres, le vent qui souffle… Il n’y a pas d’électricité, ni d’eau courante, mais rien ne manque. L’équipe de cuisine réalise de belles prouesses, la douche se commande soit chaude soit tiède, prise en extérieure et à domicile. La responsable du lieu est sympathique et discrète, comme on apprécie ! Ce que nous avons aimé lors de notre séjour dans notre retraite perchée sur les rochers, ce sont le clapotis de l’eau, les bruissements des petits animaux, le calme, l’eau claire et parfois fraîche, les petits poissons, la végétation, la douceur des journées…
L'èRe du Voyage - Malawi Mumbo

Malawi - Mumbo

Cela se trouve au Malawi et c’est unique !

 

Rajasthan : coup de cœur de Beatriz

L'èRe du Voyage - Rajasthan Manvar Balade

Rajasthan - Manvar Balade

Rajasthan, le désert du Thar et la cité d’or Nous quittons Jodhpur pour suivre la route anciennement empruntée par les caravanes pour rejoindre le Pakistan. Au fur et à mesure de notre cheminement, les vaches disparaissent, remplacées par des dromadaires occupés à tirer une charrette, ou à paître au bord de la route. Les villages se font rares, les arbres se rabougrissent, les touffes de végétations semblent se resserrer sur elles-mêmes pour lutter contre la sécheresse, nous pénétrons dans le brûlant désert du Thar… Pourtant, ici la vie n’est pas absente, elle semble se concentrer avec une vigueur toute particulière dans tout ce qui n’est pas minéral. Chaque arbuste, chaque buisson luttant contre le souffle chaud du désert est un hymne à la vie. Soudain, quelques huttes de terre se dessinent au détour de la route, perdues dans cette immensité aride. Une fillette vêtue d’un punjabi rose tendre porte sur la tête une jarre remplie d’eau. Remplie d’eau ! Ici, l’élément précieux retrouve tout son sens sacré. Nous nous arrêtons le temps de boire un « tchai » délicieux, ce thé sucré aux arômes de cannelle et de cardamome, le temps de déchiffrer sur le visage de nos hôtes la marque de l’éternité… Puis nous reprenons notre route au rythme lancinant de nos montures, un vent sec s’est levé, le sable doré semble vibrer dans la chaleur de l’après-midi, nous progressons lentement et mon esprit s’égare sur les traces des longues caravanes qui transportaient soie, ivoire, myrrhe et épices. Enfin le soleil s’approche de l’horizon, il est temps de s’arrêter pour la nuit. Dans le silence qui soudain nous surprend, nos voix semblent surnaturelles. Les bavardages se font murmures, nous savourons ce moment de paix autour du feu, les bruits du désert nous parlent d‘une vie secrète qui anime les vagues de sable ondulant sous la lune. C’est l’heure des légendes, des dieux aux milles apparences, des étoiles et des rêves inaccessibles.
C’est l’heure où le désert nous renvoie à nous-même, aux êtres aimés, à notre existence fragile sur cette terre d’accueil immense et parfois impénétrable. Nous nous réveillons aux lueurs de l’aurore, tout semble à nouveau possible, comme si chaque aube dans le désert était le premier matin du monde. Nous reprenons la route, les heures qui s’écoulent nous rapprochent inexorablement du monde des hommes, de l’activité bruyante des villes, de la civilisation. La végétation se densifie un peu, nous découvrons le prodige d’une oasis où quelques nomades ont dressé leur campement provisoire. Notre guide nous explique qu’il s’agit de Kalbeliyas, une tribu célèbre pour leur habileté à charmer les serpents, mais aussi pour leur musique et leurs danses. Nous ne sommes plus qu’à quelques kilomètres de Jaisalmer, mais nous ne pouvons résister au désir de les voir exercer leur art. Par le truchement de notre guide et grâce à l’attrait de quelques centaines de roupies, nous assistons à une représentation où la virtuosité le dispute à la féerie. Au son lancinant de la musique, les femmes parées de jupes à sequins entament une danse proche de la transe, se tordant tour à tour tels des serpents emmêlés ou posant fièrement cambrées comme des cobras noirs. Enfin, le patriarche de la famille nous dévoile la magie suprême – image d’Épinal de l’Inde traditionnelle, mais toujours aussi impressionnante ! – l’art du charmeur de serpent. Au son du murli, cette flûte fabriquée à partir d’une courge séchée, le serpent se dresse hors de son panier d’osier pour osciller sur lui-même, fasciné par les mouvements ondulants de l’instrument. Après tant de grâce et de courage, on comprend la signification étymologique du nom Kalbeliyas :
L'èRe du Voyage - Rajasthan Hommes

Rajasthan - Hommes

« Ceux qui jouent avec la mort, qui dansent avec le temps »

Cambodge et Angkor Vat : coup de cœur de Beatriz

L'èRe du Voyage - Cambodge Angkor Vat

Cambodge - Angkor Vat

Angkor et encore… Je commence mon voyage comme on chemine à la rencontre d’une légende. J’avais vu des dizaines de photos, lu un nombre honorable d’articles, et j’allais maintenant admirer de mes yeux ce diamant du Cambodge, la Cité Royale d’Angkor. C’est avec émotion que je me lève tôt ce matin pour me rendre sur la vaste plaine aujourd’hui envahie par les herbes folles et la jungle, là où les temples se souviennent… D’un temps où les rois et les dieux se parlaient, d’un temps où les fêtes resplendissantes rassemblaient une foule colorée de pèlerins qui déposaient à leur pied l’offrande de milliers de fleurs. Ils se souviennent des fragrances d’encens rares, du frôlement des sarongs de soie des femmes et du rire cristallin des apsaras. Ils n’ont pas oublié le choc des épées et le pas lourd des éléphants, les batailles sanglantes qui firent vaciller l’empire et dont les récits glorieux ornent leurs galeries. Ils se souviennent que jadis, Angkor était une cité puissante, symbole du pouvoir de l’empire khmer. Dans leur splendeur déchue, parfois magnifiquement restaurés, ils parlent, chacun à leur manière, des croyances d’un peuple et de son histoire. Plus de six siècles se dessinent dans cette symphonie éblouissante de formes, où chaque temple rayonne d’une beauté particulière. Banteay Srei le délicat, ciselé comme une rose des sables, dont les devas voluptueuses de grès rose semblent s’embraser dans le soleil couchant ; Angkor Vat le majestueux, avec ses douves monumentales et ses tours coniques qui s’élancent vers le ciel, symbolisant l’Univers ; Bayon le mystérieux, dont les tours-visage scrutent les quatre points cardinaux avec une sagesse énigmatique, Ta Phrom le sensuel, si étroitement enlacé dans les racines des gigantesques banians qu’il fait corps avec elles, et tant d’autres merveilles…
Mais le Cambodge ne s’arrête pas à Angkor. Ce n’est que le début du voyage, et je m’embarque sur un bateau local pour découvrir le cœur même du pays, là où la vie pulse au rythme de la mousson, sur le Tonle Sap. Si grand qu’on le nomme parfois mer intérieure, le lac s’emplit lorsque la rivière du même nom reflue les crues du Mékong vers ce réservoir naturel, entraînant avec elle une manne abondante de poissons. Le niveau de l’eau passe alors de 2 à 10 mètres ! Pour s’adapter à cette particularité unique au monde, les Cambodgiens font preuve d’une ingéniosité sans limites, qui donne lieu à autant d’incongruités que de poésie. Les maisons, construites sur des pilotis très hauts, ressemblent à marée basse à de grands échassiers perchés haut sur leurs pattes. D’autres, posées sur des barges flottantes, peuvent être déplacées selon la nécessité. Ainsi, on peut voir un bateau remorquer l’école, la salle communale ou même l’église, car aussi surprenant qu’il y paraisse, il en existe une ! Dans ma moisson d’images, je décide de dédier la palme de la loufoquerie à une étable à cochons flottante, et celle de la poésie surréaliste à une niche pour chien sur pilotis, perchée à plus d’un mètre de l’eau, comme une cage à oiseaux ! Ainsi, entre pirogues de marchands ambulants, enfants se rendant à l’école en barque ou dans de grosses bassines, petits remorqueurs et radeaux chargés de paniers de poissons ou de légumes, je me trouve au cœur d’un véritable ballet aquatique dont la chorégraphie complexe évolue à chaque heure de la journée. Le soir, cette intense activité fait place à un moment de pure sérénité,
L'èRe du Voyage - Cambodge Filets Peche

Cambodge - Filets Peche

lorsque le soleil teinte de ses derniers reflets l’eau enfin apaisée en un miroir subtil.

 

Festival de Moharram : coup de cœur d’Olivier

L'èRe du Voyage - Inde Maheswar Festival

Inde - Maheswar Festival

Fin du « Moharram » de Maheshwar Ce petit matin est frisquet sur les rives de la Narmada : les ghâts encore déserts se perdent dans la brume planant sur le fleuve sacré. Les admirables statues décorant le temple dédié à Shiva contemplent les eaux plombées qui coulent vers l’occident. Rien n’augure de la folie qui va s’emparer de cette amicale cité aux belles maisons couleur pastel et dont les ruelles retentissent du rire des enfants, du bruissement des saris chatoyants, des rouets qui tournent sous les vérandas. Mais, sur la grand-rue, d’étranges structures de papier colorié montées sur un cadre de bois et décorées de fanions enluminés se rassemblent. Offertes par un village ou une famille, à grand renfort de musique tonitruante, de roulements de tambours, elles disparaissent dans un nuage d’encens et ont la forme d’une pagode, d’une mosquée, du Taj Mahal ! C’est la fin du Moharram, fête musulmane commémorant le martyr de Hussein, petit-fils du Prophète, tué en l’an 680 avec toute sa famille. Pendant soixante-sept jours, les musulmans chiites ont pleuré celui qu’ils considèrent comme l’héritier spirituel de Mohammed. Pendant toute cette période, ni fêtes, ni bijoux, ni robes de couleur ne sont permises ; seulement des processions funéraires et des majlis, réunions de prières.
Mais aujourd’hui c’est la fin et on fête. Vers quinze heures, dans un délire de poussière et de musique distordue, ces tours éphémères sont menées par les ruelles en procession vers le fleuve, alors que les groupes dansent autour des structures resplendissantes dans la lumière du couchant. Sur les ghâts, la foule, la ferveur, les marchands ambulants, les tours de papier, l’encens se mélangent en un carrousel magique et hors du temps. Les enfants rient et valsent sous les yeux de sâdhus imperturbables. À tour de rôle, les merveilleux équipages de papier, tours ou fusées d’argent, d’émeraude ou de carmin sont alors chargés sur des barques qui s’engagent sur les eaux vives. Aux cris de « Hussein », ils sont alors abandonnés à la Narmada, offrande musulmane à tous les dieux de l’Inde. Lorsque la dernière tour plonge dans le fleuve, la lune est déjà haute dans le ciel pur du crépuscule et une clameur bouleversante s’élève de la foule assemblée sur la rive. Lentement, les ghâts se vident, les roulements de tambour s’estompent au loin, les bateaux reviennent à quai et la cité retrouve la sérénité de la paix des cœurs. Je me lève à mon tour et dis adieu à la rivière sacrée, ému d’avoir saisi l’âme magique de l’Inde éternelle, un soir de pleine lune à Maheshwar.
L'èRe du Voyage - Inde Maheswar Festival

Inde - Maheswar Festival

Olivier Thiébaud 2008

 

Mariage indien : coup de cœur de Beatriz

L'èRe du Voyage - Rajasthan Mariage Campagne

Rajasthan - Mariage Campagne

Le 18 avril 2008 était un jour faste pour les mariages au Rajasthan. Le mariage en Inde n’est pas une histoire de couple mais celle de deux familles qui s’unissent. Il est encore traditionnellement arrangé par les parents qui choisissent l’élu ou l’élue dans la même caste. Durant notre voyage, nous avons eu la chance de pouvoir observer les préparatifs des mariages dans des petits villages perdus au creux des Aravalli. C’est tout le village qui est en effervescence ! Les femmes prennent d’assaut les échoppes de tissus en connaisseuses, et les étoffes chatoyantes se déroulent au gré des palabres qui durent parfois longtemps ! Puis un cortège animé défile dans le village en liesse. Dans les mariages hindous, les préparatifs se font séparément dans les deux partis. Nous assistons tout d’abord à l’arrivée du marié, venu d’un village voisin, entassé non sans fierté avec sa parentèle et ses amis dans une remorque attelée à un tracteur… Toute la nuit, ce ne sont que chants et musique qui, au rythme du tambour, résonnent dans notre haveli.
Puis tôt le matin, accompagné des musiciens et des membres de sa famille, le promis se rend au domicile de ses beaux-parents, en grande tenue. Habillé comme un prince d’un costume clair et revêtu de soieries, chevauchant un cheval caparaçonné, il touche de l’épée, en signe de possession, le « torana », symbole de la maison, accroché au-dessus de la porte de sa promise. Sa jeune épousée lui est alors présentée, et je suis profondément touchée par la grâce délicate et presque irréelle de la jeune fille. Quelques jours plus tard, nous verrons un jeune couple venu sacraliser son union, gravir les marches du temple reliés l’un à l’autre par un ruban. Toute la symbolique est présente, leur fierté et leur bonheur nous enchantent. En Inde, la tradition perdure : la jeune épousée quittera sa maison pour s’installer dans la famille de son mari, où elle devra se plier aux exigences de sa belle-mère et remplir le plus attendu de ses devoirs : donner naissance à un fils !
L'èRe du Voyage - Rajasthan Mariée

Rajasthan - Mariée

Beatriz, avril 2008

 

Jordanie : coup de cœur de Françoise

L'èRe du Voyage - Jordanie Petra Roche

Jordanie - Petra Roche

Je rêvais depuis longtemps de visiter ce pays, qui me fascinait par la richesse de ses sites archéologiques et son histoire. Je n’ai pas été déçue ! Dans une palette de somptueux paysages aux couleurs chatoyantes, la Jordanie recèle quelques joyaux uniques au monde : Petra la rose, cité nabatéenne et nécropole creusée à même la roche, les ruines des villes romaines de Jerash et d’Umm Qeis, impressionnantes par leurs proportions monumentales, le château de Saladin à Ajlun, les forteresses des croisés, les châteaux omeyyades et le désert, splendide et sauvage, sables d’ors et arches de pierre dignes de cathédrales ! Visiter la Jordanie, c’est aussi retrouver les traces des origines de nos religions. Comment rester insensible en visitant le Mont Nebo, dont les paysages surplombent les collines de Judée, berceau des grands prophètes ? En cheminant sur la Route des Rois à la découverte des anciens pays d’Ammon, de Moab et d’Edom, c’est sur les traces des héros de la Bible que nos pas nous mènent… En route, j’ai découvert un petit bijou d’authenticité, le village de Dana, datant du 15ème siècle, dont les maisons de pierres aux toits plats se fondent dans la roche.
Une sérénité intemporelle s’en dégage, magnifiée par la majesté des falaises en grès rouge et blanc du Wadi. À quelques kilomètres, la réserve naturelle du même nom jouit de magnifiques paysages. Accompagnée de mon guide, j’ai traversé les petites montagnes boisées et les talus rocheux, les plaines de gravillons et les dunes de sable à la recherche des gazelles et des lynx aux yeux jaunes, des aigles noirs et de tous les oiseaux qui peuplent ce petit paradis. Une splendide découverte hors des sentiers battus et des foules de touristes… Enfin je fis ma première expérience du désert dans le Wadi Rum. Après avoir laissé derrière moi la partie la plus fréquentée, je fus peu à peu gagnée par la magie de ces sables tantôt ocre ou rouge, bordés de montagnes aux à-pics formidables. Le silence irréel, les reliefs sculptés par les vents, l’immense étendue vierge qui s’offrait devant moi firent écho aux mots utilisés par Lawrence d’Arabie pour dépeindre ses émotions devant ce miracle de la nature :
L'èRe du Voyage - Jordanie Wadi Rum Désert

Jordanie - Wadi Rum Désert

«vaste, retentissant, divin»…

 

Hampi : coup de cœur de Nanda

L'èRe du Voyage - Inde Sud Karnataka Hampi

Inde Sud - Karnataka Hampi

Après un périple riche mais épuisant dans la province du Karnataka, nous avons la bonne idée de sortir des sentiers battus pour nous rendre à Hampi, un site peu connu des touristes, à une quinzaine de kilomètres d’Hospet. Petit miracle qui nous rajeunit de vingt ans, Hampi semble avoir été épargné par le temps, et nous retrouvons toute la fraîcheur des sensations de nos premiers voyages en Inde. On y accède en traversant quelques hameaux aux maisons basses, qui veillent nonchalamment sur des plantations de palmiers et de canne à sucre. Insensiblement, des rochers jaunes éclosent plus nombreux au cœur des rizières, tels des îles flottantes caramel sur une mousse de verdure. Çà et là, l’arête émoussée d’un vieux portique se dresse, on s’attendrit sur la naïveté de petits temples aux toits plats, on s’émerveille devant l’esquisse d’un sikhara. Et soudain on est saisi par la splendeur d’un gigantesque bloc de granit sculpté, excavé de temples, de marches d’escalier, de statues… En contrebas, la rivière Tungabhadra paresse, enchâssée dans une profusion de cultures, de rochers de toutes formes, d’une infinité de temples. C’est Hampi Bazar. La majesté et la force magique de cette ancienne capitale, bâtie au 16ème siècle, n’ont pas été altérées. Depuis la colline Matanga, nous contemplons les vestiges de ce qui fut jadis la fierté d’un empire puissant et redouté, une cité vibrante de cinq cents mille âmes, un complexe de temples, de maisons, d’échoppes, et les ruines semblent encore résonner des cris des marchands, des chants des dévots et du pas lourd des éléphants, parés comme des dieux pour les cérémonies…
Mais ce qui fait le charme particulier d’Hampi, c’est que la vie y est encore présente au quotidien, intimement mêlée à la mémoire des pierres et se superposant aux chef-d’œuvres découverts dans les temples : foules chamarrées des pèlerins indiens, gargotes dormant au pied du grand gopuram, étals de fruits, boutiques de souvenirs et tout près, les rizières et les champs soigneusement cultivés. Le long de la rivière, les barques invitent à la traversée pour découvrir d’autres merveilles, d’autres temples plus secrets, et la marche pour y parvenir est comme une méditation dans le calme de la nature. Sur le plan architectural, Hampi comble les attentes du plus exigeant des historiens ou des esthètes : monolithes majestueux, statues à la gloire des dieux, colonnes finement sculptées, tours de guets, les incroyables étables à éléphants et les bains de la reine, sans oublier le célèbre char de pierre, taillé dans un seul bloc de granit. C’est empreints d’une grande sérénité que nous retournons au village pour dîner dans une des sympathiques petites gargotes fleurant bons les épices. Sur le chemin, saisis dans les rayons d’un éblouissant coucher de soleil, notre cœur s’arrête suspendu à l’indicible beauté de l’instant, dans ce lieu magique où nous savons que nous reviendrons,
L'èRe du Voyage - Inde Sud Karnataka Hampi

Inde Sud - Karnataka Hampi

pour vivre un nouveau moment d’éternité.

 

Kerala et les bacwaters : coup de cœur de Nanda

L'èRe du Voyage - Inde Sud Kerala Vues

Inde Sud - Kerala Vues

Relié à la mer et plus ou moins salé selon les marées, le lac Vembanad s’étend comme un gigantesque miroir sous le ciel infiniment bleu du Kérala, avant de s’effilocher en un entrelacement complexe de multiples canaux, tel un réseau sanguin irriguant les terres fertiles et verdoyantes de la province. Pour s’y déplacer, une maison sur l’eau, un house-boat, en fait une embarcation somptueuse à l’allure formidable, rappelant les anciens transporteurs de copra actionnés à la gaffe. Faite de bois et de palmier tissé, d’un rare confort, nous y avons notre chambre avec salle d’eau, et c’est en compagnie d’un pilote, d’un cuisinier et de notre guide que nous embarquons pour une croisière hors du temps. Traversant le lac d’huile, nous nous engageons dans un large canal bordé d’une haie de cocotiers avant de nous insinuer dans le lacis des «backwaters». Le long des rives, les hameaux s’égrènent, construits sur de minces môles protégeant les rizières situées trois pieds sous le niveau de la mer. Le paysage défile en un somptueux et romantique travelling, une vieille église abandonnée sur la rive basse témoigne que c’est au Kerala, à Cochin, que les premiers Portugais débarquèrent sous l’égide de Vasco da Gama, créant de riches comptoirs d’échange commerciaux avec l’Europe.
Au fil de l’eau, nous croisons d’autres embarcations : fiers bateaux de plaisance ou frêles pirogues de pêcheurs s’accrochant à l’arrière en un saisissant attelage. Sur la jetée, les femmes font la lessive, bouquet de saris colorés et sourires éclatants, les enfants nous scrutent de leurs grands yeux sombres, tandis qu’une volée de canards glisse, silencieuse sur l’onde immobile. Ici, pas de voiture ni de klaxons intempestifs, mais le clapotis de l’eau sur la coque et le chant des oiseaux. Parfois, les canaux sont si larges que le ciel et l’eau semblent se fondre à l’horizon, finement tracé par la ligne effacée des digues. Parfois le passage est si étroit qu’il nous faut replier les auvents du bateau tel un cormoran ses ailes. Ainsi nous naviguons sereinement à notre rythme, nous rapprochant des rives pour visiter un village aux maisons perdues sous les frondaisons, ou un marché sonore et coloré. À bord, la cuisine est délicieuse, et nous déjeunons sur le pont avant où un joli salon est aménagé, ou paressons à l’ombre des auvents dans une exquise torpeur à l’heure de la sieste. Puis vient le moment magique où le soleil semble se noyer dans l’eau, embrasant les nuages et découpant les palmiers comme de fines ombres chinoises : le calme s’étend sur la lagune, le ciel s’étire entre ors flamboyants et pourpres délicats, et doucement,
L'èRe du Voyage - Inde Sud Kerala Vues

Inde Sud - Kerala Vues

la nuit tiède déploie sous nos yeux son manteau étincelant d’étoiles.

 

Ascension du Mt. Meru : coup de cœur de Nanda

L'èRe du Voyage - Tanzanie Mont Meru

Tanzanie - Mont Meru

Nous avions décidé de réaliser un vieux rêve, l’ascension du Mt Meru, soit une marche de quatre jours aller-retour jusqu’au sommet de cet ancien volcan effondré en son centre, qui fut jadis plus élevé que son voisin le Kilimanjaro. Notre périple débute au Parc National d’Arusha, siège du Mt Meru. Moins visité par les touristes que ses frères, le PN d’Arusha s’étend en un plateau herbeux semé d’arbres et étoilé de lacs, avec en toile de fond l’imposant Kilimanjaro et sa célèbre crête enneigée. L’horizon est large et nous apercevons les girafes élégantes et les gnous massifs à l’allure bonasse, avec leurs cornes en forme d’antiques guidons de vélo. Puis nous prenons le chemin de la montée, accompagné de notre guide et d’un ranger armé. L’atmosphère change alors imperceptiblement, nous ne sommes plus spectateurs d’une gigantesque fresque naturaliste, nous sommes entrés dans le tableau, citadins fragiles parmi les animaux sauvages et somptueux. Sinuant entre arbres et buissons, le chemin s’est singulièrement rétréci, et les bruits deviennent plus inquiétants. Un craquement de branche et le long cou d’une girafe surgi de la verdure à trois mètres de nous. Plus tard, le tremblement du sol nous met en alerte, et les gnous qui de loin nous semblaient débonnaires paraissent maintenant menaçants avec leurs masses imposantes, si proches que nous pourrions les toucher. Mais notre ranger veille et nous nous coulons dans ses pas, subjugués par la force de la nature environnante. Petit à petit, la végétation change et se densifie, fougères arborescentes, arbres majestueux décorés de lichens et dévorés de mousse, fleurs tropicales aux couleurs éclatantes et aux formes primitives. Au loin, le Kilimanjaro rassure par sa silhouette immuable, tandis que nous progressons au cœur d’un univers de plus en plus sauvage.
Puis le paysage se transforme à nouveau : en altitude, les fougères font place aux cactus et l’herbe devient rare sur le versant caillouteux, lente métamorphose du végétal au minéral. La lumière paraît plus dense dans la pureté de l’air, et autour de nous ce ne sont plus que crêtes acérées et cônes de cendres émergeants d’une mer de brume moutonnante. Çà et là un buisson d’immortelles d’un jaune acide défie cet univers de rocaille anthracite. La dernière étape débute après une nuit de repos à Saddle Hut, une cabane à 3560 mètres d’altitude. Baignés par les rayons d’une aube magnifique, nous quittons avec un peu d’appréhension les derniers repères de la civilisation. Très vite, nous ne sommes plus entourés que de pierre, et nous progressons lentement sur une crête étroite, dans un paysage lunaire épuré. Sous nos pas, la pente est raide et parfois nos pieds trébuchent ou roulent sur la lave concassée. Sur notre gauche, le « Ash Cone », cratère à l’intérieur du cratère principal, s’élance telle une gigantesque fourmilière abandonnée. Le silence est total, et nous nous taisons, tant l’émotion est grande. Ma gorge est sèche mais je ne peux pas boire, je ne veux plus m’arrêter, toutes mes forces sont tendues vers ce sommet qui semble avoir été sculpté par des forces étrangères à l’homme. Et soudain nous atteignons le point culminant, à 4562 mètres. Malgré moi, les larmes montent à mes yeux, je suis tellement heureuse. Au-dessus de nous, il n’y a plus que le ciel, en face, le majestueux Kilimanjaro, dont nous avions fait l’ascension en 1996. Alors, pris d’un même élan avec notre guide, nous nous étreignons d’allégresse et nous félicitons les uns les autres de joyeux bravos. Comment imaginer que deux jours plus tôt, nous nous trouvions dans un océan de verdure foisonnant de cris d’oiseaux et de vie sauvage. De cette extraordinaire ascension, nous revenons avec un sentiment d’émerveillement pour la beauté de cette planète toujours surprenante,
L'èRe du Voyage - Tanzanie Mont Meru

Tanzanie - Mont Meru

qui nous force à l’humilité.

Botswana : coup de cœur de Françosie

L'èRe du Voyage - Botswana Nxai Pan

Botswana - Nxai Pan

J’ ai été séduite par un endroit magique, mystérieux, au bord d’un pan immense du Parc national de Nxai Pan : Baines’ Baobabs. Ces baobabs majestueux, déployant leurs branches à l’infini, nous rappellent qu’ils étaient là bien avant nous… Le tronc immense avec ses scories, ses bulles semble montrer une activité bouillonnante à l’intérieur ! La fleur du baobab ne s’épanouit qu’un jour pour laisser place à des fruits pendant le long de ses branches. Ce groupe de baobabs, dont on ne s’explique pas l’origine, domine la beauté sauvage des pans, cuvettes argileuses et salées, qui ne se remplissent d’eau qu’à la saison des pluies et font la joie des oiseaux migrateurs.
Elles sont les derniers témoignages d’un lac intérieur gigantesque, dont elles étaient probablement les parties les plus profondes. En effet, il y a plusieurs dizaines de milliers d’années, une grande partie du Kalahari se trouvait couverte par un lac. Maintenant complètement asséchés, nus et arides en raison de leur alcalinité, ces pans vous invitent à la réflexion, à l’observation d’un espace infini… Les bords ou anciens rivages sont quant à eux plein de vie avec leurs vastes prairies herbeuses, baobabs et nombreux oiseaux. Le Botswana recèle tant de richesses, de beautés sauvages, qu’il m’est difficile de toutes les énumérer mais mes yeux émerveillés ont le souvenir de ceux-ci.
L'èRe du Voyage - Botswana Cigogne

Botswana - Cigogne

Françoise, mai 2009